| L'Eglise fortifiée de Beaurain |
|
Dressée
au bord du plateau qui surplombe au sud la vallée de l'Oise, l'église
fortifiée de Beaurain présente entre toutes, un caractère
unique : elle est seule, seule au milieu de son cimetière, à
l'écart de toute agglomération.
Cette solitude est la conséquence tragique d'un drame du passé. En 1650, peut-être pour se venger de leur échec au siège de Guise, les soldats du très catholique roi d'Espagne pillèrent, incendièrent et ne laissèrent pierre sur pierre du village de Flavigny qui se blottissait sous sa protection. Comme ses semblables, elle aura été fondée au XII° siècle, par une des nombreuses abbayes qui fleurissaient alors en Thiérache. Puis, devant les menaces continuelles des guerres, qui, durant près de deux cents ans ravagèrent la contrée, (de François 1° à Louis XIV), les villageois entreprirent de la reconstruire en la fortifiant. C'est sans doute vers la fin du XVI° ou le début du XVIII qui fut élevé, d'un seul jet, sur des soubassements anciens, un édifice à la double vocation religieuse et défensive. La communauté rurale, sorte d'assemblée des habitants, réalisa tout ou partie des biens communaux pour payer les frais, et utilisa les matériaux disponibles sur place, (argile et bois de chauffe) pour façonner les briques. Telle qu'elle apparaît, elle présente particulièrement bien les caractéristiques des églises fortifiées de notre pays. La nef, plus élevée que le choeur, pouvait abriter les non-combattants sous ses combles réhaussés. Au rez de chaussée se gardaient les bêtes et le matériel. Les hommes valides occupaient les éléments défensifs : le gros donjon carré au dessus de l'entrée, moitié pierres, moitié briques, et les quatre tourelles qui encadrent la nef. Au dessus de la porte, (peut-être plus étroite à l'origine) des restes de maçonnerie rappellent l'existence probable d'un auvent. Au lieu des six grandes fenêtres, seules quatre petites ouvertures, dont on voit encore la trace, éclairaient faiblement l'intérieur. La sacristie n'existant pas alors, tout assaillant approchant la nef ou le choeur était menacé par six meurtrières, plus ou moins inclinées suivant la hauteur. La façade nord, bien conservée, avec une partie très ancienne en grosses pierres irrégulières dispose en outre d'une plus grande ouverture, peut-être pour une bombarde. A signaler de curieuses arcatures, ou bandes lombardes aux tourelles, et l'emploi de briques vernissées qui dessinent sur les murs des croix de modèles différents. A l'intérieur, un puits (?) un four à pain, des cheminées permettaient de se tenir quelques temps à l'abri. On parle même d'un certain souterrain qui... ? Quant au cimetière, avec la haie épaisse qui l'entourait, il constituait une première ligne de défense avancée. Endommagée au cours des combats du mois d'août 1914, l'église de Beaurain a été restaurée. Son site privilégié et ses capacités défensives sérieuses font d'elle une des plus visitées des églises fortifiées de la Thiérache. D'après J. Bidaux. |
![]() ![]()
|
| Fermer cette fenêtre |